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Reconstruction mammaire par Lambeau Dorsal à Cicatrice Courte (LDCC) avec abord latéral exclusif: une nouvelle révolution en reconstruction mammaire


Le Lambeau Dorsal à Cicatrice Courte (LDCC) est une technique récente (que nous avons mis au point au début des années 2010) et qui est dérivée du lambeau dorsal. Cette technique, lorsqu’elle est réalisée par abord latéral exclusif (mise au point en 2013), constitue une véritable révolution en reconstruction mammaire, et induit un changement de paradigme avec le concept de régénération cutanée, plutôt que de remplacement cutané. On peut considérer cette technique comme une véritable technique disruptive, au sens où elle va supplanter dans la majorité des cas les autres techniques de reconstruction mammaire autologue différée (bien-sûr dès qu’elle sera diffusée et maitrisée par des opérateurs compétents et entrainés, et cela se fera au cours des 10 prochaines années), comme le TRAM, le DIEP, ou les autres lambeaux libres en reconstruction mammaire. Cette technique nécessite un enseignement spécifique. C’est pourquoi nous préparons des articles scientifiques sur ce sujet, et nous accueillons régulièrement des chirurgiens du monde entier pour apprendre cette technique, et leur permettre d’incorporer cette technique disruptive dans leur arsenal thérapeutique.

 

La reconstruction mammaire en terrain difficile (peau fine, irradiation, retard de cicatrisation, tabagisme, diabète, cicatrices multiples, …) est à haut risque de complications. Si bien que cette reconstruction mammaire peut conduire à des retards de cicatrisation, voire à des nécroses cutanées exposant à un risque infectieux. Aussi, proposer une technique fiable de façon constante, en supprimant ce risque de nécrose cutanée et de retard de cicatrisation, constitue une avancée majeure.

 

La disruption (disrupter du latin disrumpere) signifie rupture, chamboulement, révolution. Cette expression vient du monde anglo-saxon, et caractérise le remplacement des acteurs classiques par de nouvelles entreprises, ou de nouvelles techniques, plus agiles, plus efficaces, moins arrogantes, et plus respectueuses de leurs clients ou patients. Cette notion de disruption comprend également la notion de changement de paradigme, engendré par une nouvelle technique, ou une nouvelle approche. L’être humain a une difficulté à voir la disruption car le cerveau cherche à reconnaitre des schémas connus en les anticipant par son expérience passée, parce qu’il préfère reconnaitre qu’être surpris (Faras WS 2010, Mallard S 2018). Ce n’est qu’une fois démocratisée que la valeur d’une innovation nous apparait comme évidente (comme c’est le cas actuellement pour le lipomodelage du sein, que nous avons mis au point en 1998, et qui a mis des années à être accepté, pour être finalement validé par l’HAS en 2015, et qui a actuellement véritablement transformé la Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique du sein). Le rôle du disrupteur est justement de voir cette valeur avant tout le monde.

 

La reconstruction mammaire par Lambeau Dorsal à Cicatrice Courte avec abord latéral exclusif (que nous avons mise au point en 2013 et affiné ces dernières années) consiste à prélever le lambeau de latissimus dorsi par une cicatrice latéro-thoracique très courte pratiquement non visible de la région dorsale postérieure lorsque le bras est en position basse. De façon systématique, une greffe de tissu graisseux est réalisée lors du temps primaire, en région intra-pectorale pour donner, dès le premier temps, une amélioration du décolleté. Lors du temps opératoire réalisé deux mois plus tard, un transfert graisseux sous la forme d’un lipomodelage est réalisé, de façon à donner le meilleur résultat possible. Enfin, une greffe de tissu graisseux est réalisée en région dorsale, lors de ce deuxième temps, afin de recréer le relief axillaire postérieur et combler une éventuelle asymétrie et une légère dépression dorsale, rendant ainsi la séquelle du prélèvement vraiment mineure. Avec une grande expérience, cette intervention peut donc être pratiquée par abord dorsal exclusif, ce qui permet de réaliser le lambeau d’avancement abdominal et le décollement sous-cutané par la cicatrice latérale, sans ouvrir la cicatrice de mastectomie, évitant ainsi tout risque de nécrose de l’étui cutané antérieur. L’évaluation des 150 premiers cas de cette technique, dans le cadre d’une Thèse de Médecine qui va faire l’objet d’une publication internationale, a montré des résultats bons ou très bons. Il n’y a pas eu de résultat jugé moyen, ou pauvre. De la même façon, il n’y a eu aucun échec, ni nécrose cutanée, ni nécrose du lambeau, ni complication notable dans cette série homogène et consécutive, réalisée par mes soins. Le seul inconvénient (une fois la technique maitrisée) est la survenue de séromes dorsaux dans environ 20% des cas, traités par une ou deux ponctions. Ce faible taux de séromes a été obtenu par la technique du capitonnage, technique très efficace.

 

Lors d’une conférence en octobre 2019, nous avons présenté cette technique, et avons présenté les 16 situations cliniques les plus difficiles en reconstruction mammaire pour prouver le caractère disruptif de cette technique. Dans ces 16 situations, le lambeau a montré son efficacité et sa sécurité, en permettant une reconstruction efficace et sûre, sans complication notée dans cette série, et cela dans les cas les plus difficiles de reconstruction mammaire, dont plusieurs avaient été contre-indiqués par d’autres opérateurs réputés.

 

Cette technique apporte aussi un changement de paradigme, avec le concept de régénération cutanée plutôt que de remplacement cutané tel que cela est pratiqué par de nombreuses autres équipes, avec remplacement de la peau de mauvaise qualité par un TRAM, un DIEP, ou d’autres lambeaux libres. Ces techniques complexes de reconstruction par lambeaux libres, techniquement très intéressantes pour l’opérateur, sont à risque d’échec important (3 à 5 %), se trouvent ainsi dépassées, et supplantées par la technique du lambeau dorsal à cicatrice courte, qui permet, lorsqu’elle est possible, au prix d’une intervention plus sûre et plus rapide, de donner des meilleurs résultats (lorsqu’une technique est plus sûre, plus rapide, et donne de meilleurs résultats, le choix devrait être évident ; ce qui n’est pas le cas, du fait des résistances liées aux efforts d’apprentissage, de travail, et d’expérience des opérateurs, efforts qui auront été nécessaires pour maitriser la technique qu’ils utilisent).

 

Ainsi, la reconstruction mammaire par Lambeau Dorsal à Cicatrice Courte avec abord latéral est bien une technique révolutionnaire, qui va probablement transformer la reconstruction mammaire différée. Elle introduit un changement de paradigme en reconstruction mammaire. De façon à diffuser cette technique, nous avons en cours plusieurs articles scientifiques sur ce sujet, et nous accueillons régulièrement des chirurgiens au bloc opératoire du monde entier, venant de France, d’Europe, et de pays éloignés (Australie, Nouvelle Zélande) ; et nous sommes heureux de leur enseigner les différents points techniques permettant la mise en œuvre de cette technique disruptive, qui représente une révolution technique et conceptuelle majeure. Nous sommes heureux de partager cette nouvelle révolution pour le bénéfice des futures patientes souhaitant bénéficier d’une reconstruction mammaire de grande qualité, fiable et sûre avec une rançon cicatricielle faible.

 
 


 
 

 
 

Docteur Emmanuel Delay

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).