actualite-thumbnail

Acide hyaluronique pour traiter la sécheresse vaginale liée aux traitements antihormonaux


Les traitements antihormonaux peuvent conduire à une sécheresse vaginale entrainant elle-même dyspareunie et troubles de la libido. Lorsque les traitements classiques locaux par ovules et gels hydratants n’ont pas fonctionné, il est possible de réaliser des injections d’acide hyaluronique au niveau vaginal, avec une efficacité très nette. L’injection d’acide hyaluronique peut en effet réhydrater la muqueuse vaginale. Cela peut permettre de diminuer cette sécheresse, et ainsi favoriser la reprise des rapports sexuels dans de bonnes conditions. Il est important que ce traitement soit bien connu, car il s’agit d’un sujet tabou. Il faut encourager les patientes à en parler.

 

La diminution des sécrétions ovariennes des œstrogènes lors de la ménopause peut entrainer une sécheresse vaginale  et des troubles génitaux. Ainsi,  la muqueuse vaginale peut se déshydrater conduisant à une gêne lors des rapports sexuels et, secondairement, à une baisse de la libido. Lors des traitements antihormonaux prescrits dans le traitement du cancer du sein, les mêmes phénomènes peuvent apparaitre au niveau vaginal, justifiant une prise en charge.

Nous utilisons l’acide hyaluronique depuis de nombreuses années au niveau du visage pour traiter les rides d’expression et les irrégularités cutanées. Plus récemment (1), il a été montré l’effet positif des injections d’acide hyaluronique au niveau vaginal. Le but de cette actualité est de montrer l’intérêt de cette technique et les résultats que l’on peut en attendre.

 

Cancer du sein et hormonothérapie

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent de la femme et peut atteindre une femme sur dix au cours de la vie. Il s’agit souvent d’un cancer hormono-dépendant.  Dans le but de traiter ce cancer et de limiter le risque de récidive locale, il est très souvent prescrit un traitement antihormonal (tamoxifène ou anti-aromatases).

L’hormonothérapie adjuvante est très importante dans le traitement du cancer du sein. Mais, du fait des effets secondaires, cette hormonothérapie est arrêtée chez une femme sur dix en particulier du fait des implications sur la vie sexuelle (2). Ces effets secondaires sexuels sont reconnus depuis quelques années seulement : sécheresse vaginale (importante chez 30% des femmes) et une baisse de libido qui peut être notable dans environ 25% des cas. Aussi, il est essentiel de prendre en charge ce problème de sécheresse vaginale associée aux traitements antihormonaux. Ces effets secondaires peuvent limiter la compliance au traitement anti-hormonal qu’il est important de prendre de façon continue (3,4).

 

Technique

La patiente nous est adressée habituellement après le traitement classique de la sécheresse vaginale prescrit par les médecins gynécologues ; sous la forme d’ovules vaginaux et de gels hydratants. C’est parce que cette efficacité est limitée chez certaines femmes que les patientes nous sont adressées.

L’examen permet d’éliminer les contre-indications à ces injections locales, comme une infection locale ou une poussée d’herpétique. Il est important que les patientes signalent bien leurs antécédents de poussées herpétiques, car un traitement antiviral devra alors être pris quelques jours avant les injections.

La technique consiste à installer la patiente en position gynécologique, et à réaliser une désinfection rigoureuse de la région vulvo-vaginale. Les injections d’acide hyaluronique se font à l’aiguille fine (27G). Les zones à traiter sont les zones les plus sensibles et les plus douloureuses. Et ce sont essentiellement le vestibule et le tiers inférieur du vagin (mettre environ 0,5 ml d’acide hyaluronique au niveau du vestibule et 1,5 ml dans la partie postérieure du vagin. L’injection se fait de façon rétro-traçante au niveau du vestibule et au niveau de la partie postérieure du vagin, elle se fait par de nombreuses petites injections rétro-traçantes.

Les soins postopératoires sont simples, il faut essentiellement éviter les rapports sexuels pendant une petite semaine. Il est préférable de ne pas attendre que les troubles réapparaissent avant de refaire des injections pour que  le résultat de ce traitement se maintienne.

Les séances sont habituellement bien vécues par la patiente et la sensation de bien-être et de confort local apparait rapidement, avec une diminution et une disparition des brûlures et de la sécheresse vaginale.

 

Conclusion

Les traitements antihormonaux ont un effet sur la sécheresse et peuvent entrainer des troubles sexuels. Les injections d’acide hyaluronique permettent d’améliorer la sécheresse vaginale. L’efficacité de traitement doit être connue. Il est important de diffuser cette information car il s’agit d’un sujet tabou. Le fait de diffuser cette information devrait autoriser les patientes à en parler et à essayer le traitement.

Enfin, l’amélioration des troubles sexuels devraient permettre une amélioration de la qualité de vie globale. Cela pourrait permettre indirectement une amélioration de la compliance au traitement.

 

Références

  1. Sabban-Serfati P. Traitement par acide hyaluronique de la sécheresse vaginale et des troubles sexuels. Réalités en Chir Plastique 2019 ; 34 :29-32.
  2. Pistilli B, Paci A, Michiels S et al. Serum assessment of non-adherence to adjuvant endocrine therapy (ET) among premenopausal patients in the prospective multicenter Canto cohort. Ann Oncol 2018; 29 suppl 8: VIII 704.
  3. Hershman DL, Shao T, Kush LH et al. Early discontinuation and non-adherence to adjuvant hormonal therapy are associated with increased mortality in women with breast cancer. Breast Cancer Res Treat 2011; 126: 529-36.
  4. Chirgwin JH, Giobbie-Hurder A, Coastes AS et al. Treatment adherence and its impact on disease-free survival in the breast international group 1-98 trial of tamoxifen and letrozole alone and in sequence. J Clin Oncol 2016; 34: 2452-9.

 

Docteur Emmanuel Delay

Le Docteur Emmanuel DELAY (Dr ED, Lyon) est chirurgien plasticien à Lyon. Il a été formé en France à Lyon (au CHU de Lyon Il est Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon, ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, à l’Hôpital St-Luc, et au Centre Léon Bérard), à Toulouse (CHU Rangueil), en Belgique à Bruxelles (service Pr M LEJOUR), et aux ETATS UNIS, notamment à l’Emory University d’Atlanta (Pr J. BOSTWICK, Pr F NAHAI).