actualite-icon

Actualités

actualites-image

Dr. Emmanuel DelayPublié le 2021-05-12

Chirurgien Plasticien: un métier d’expérience!

Les patientes sont actuellement bombardées d’informations concernant la Médecine Esthétique et la Chirurgie Plastique dans la Presse, les médias, et surtout sur les réseaux sociaux. Il s’agit en effet d’un thème porteur dans notre société orientée vers l’aspect jeune et dynamique, et vers l’individu. Dans les médias et les réseaux sociaux, les informations sont souvent délivrées pour ramener des patientes au cabinet du Chirurgien ; en promettant souvent plus que la chirurgie peut réellement donner, et en omettant une information équilibrée expliquant la possibilité de complications, ou de résultat non satisfaisant, ou de résultat juste moyen. Il est intéressant, et très singulier, de constater que ce sont les chirurgiens les plus jeunes et les plus inexpérimentés qui se mettent en avant sur les réseaux sociaux (cela peut se comprendre car ce sont eux qui ont besoin de développer leur patientèle de façon la plus rapide possible). Or, tous les chirurgiens n’ont pas la même expérience, les mêmes connaissances médicales, la même formation, la même expérience chirurgicale, et la même habileté chirurgicale. D’autre part, les complications et les risques de la Chirurgie Esthétique et des injections ne sont pas des exceptions. Même dans les mains les plus expérimentées, on peut noter 1 à 2 % de complications ou de besoin de retouches. Lorsque le chirurgien est peu expérimenté, ce taux de complications et de retouches peut monter jusqu’à 5 à 10 %, voire davantage en cas de formation ou d’expérience insuffisantes du chirurgien.

 

 

 

Apport de l’expérience

 

L’expérience acquise au cours des années permet d’obtenir de meilleurs résultats. Ces meilleurs résultats sont le fruit du meilleur choix de l’indication opératoire, de la meilleure compréhension du désir des patientes, et enfin d’une réalisation plus précise de l’acte chirurgical. Concernant l’indication, il s’agit d’un élément crucial dans la pratique chirurgicale. En effet, toutes les patientes ne relèvent pas de la même technique. Même pour une intervention donnée, il y a de nombreux choix possibles et de variantes chirurgicales. C’est l’expérience qui apprend au chirurgien à choisir les points techniques les plus précis pour donner un résultat le meilleur possible, et surtout le plus constant possible. Par exemple, je réalise personnellement plus de 150 cas de réductions mammaires chaque année, et je progresse encore dans cette pratique en mettant au point des petits détails techniques qui permettent d’affiner les résultats, et de rendre les résultats plus constants. L’analyse précise des résultats de son activité permet de progresser au cours des années. Il est clair que je suis actuellement meilleur qu’il y a quinze ans et, dans dix ans, je serai probablement encore meilleur dans ma pratique. Le deuxième aspect est la compréhension du désir de patientes. L’expérience permet de bien évaluer la motivation des patientes (la demande doit être sincère, personnelle et profonde). Il faut non seulement écouter les désirs formulés oralement par les patientes, mais aussi leur langage non verbal (par exemple : pour le choix du volume d’une prothèse mammaire, bien surveiller le regard qui permet de faire le bon choix pour la patiente). Techniquement aussi l’expérience apporte beaucoup. Il n’y a pas besoin de faire de grandes démonstrations : plus le chirurgien est expérimenté, meilleur il est. Après avoir pratiqué plus de 15 000 interventions majeures au cours de ma carrière, j’apprends encore chaque jour, et améliore mon geste chirurgical. Cela est bien compréhensible pour toute personne sensée. L’acte chirurgical est une combinaison idéale d’un acte intellectuel bien pensé et d’un acte manuel précis. La finesse du geste est ainsi directement en rapport avec l’expérience chirurgicale.

 

Un autre avantage de l’expérience est la meilleure gestion des problèmes, et des rares complications postopératoires. Le fait d’avoir une grande expérience permet d’avoir rencontré toutes les situations possibles, et de les anticiper le plus possible, pour les éviter autant que faire se peut. Lorsque ces problèmes surviennent, il est plus aisé de les gérer au mieux. Cet apport d’expérience se fait non seulement au point de vue technique par la gestion précise de la conduite à tenir, mais également par la gestion de l’anxiété et de l’inquiétude des patientes. Il est alors simple d’expliquer à la patiente : « Je suis désolée que vous ayez ce problème : vous n’y êtes pour rien ; je n’y suis pour rien. Malgré tous nos efforts, nous avons ce problème. Ce n’est pas la première fois que nous voyons ce problème, et nous savons comment le gérer. Je vous accompagnerai jusqu’à ce que nous soyons, tous les deux, heureux du résultat.»

 

L’apport de l’expérience contribue également à la sérénité pour gérer les cas secondaires, et les cas difficiles adressés par des confrères. Avec l’âge et la réputation, de plus en plus de cas secondaires nous sont adressés par les confrères, et le fait d’avoir vu toutes les situations possibles permet de prendre en charge ces cas secondaires avec bienveillance et sérénité, et d’offrir les meilleures possibilités aux patientes. Cela est un avantage pour la patiente qui bénéficie de l’expérience, mais également pour le premier chirurgien qui a dû faire face à une difficulté à la suite de laquelle il a eu du mal à obtenir le résultat escompté.

 

 

 

Partage de l’expérience

 

L’expérience a quelque chose de singulier, elle est le fruit de l’expérience acquise au cours de son training, de la pratique intensive de la chirurgie, mais aussi et surtout de l’analyse critique et précise de son activité. Chaque problème, ou complication, doit faire l’objet d’une analyse précise pour essayer de comprendre les facteurs de risques, et comprendre comment on peut éviter un problème ou un résultat insuffisant. Cette analyse critique de sa pratique permet d’accumuler une expérience qui fait que l’on sait alors quelle est la meilleure attitude pour la gestion du problème, et comment obtenir finalement un bon résultat. Nous considérons de notre devoir et notre engagement d’apprendre et d’enseigner cette expérience. A la suite de mes maitres, comme le Professeur Foad NAHAI, j’ai toujours pensé qu’il était une obligation pour moi de contribuer à la littérature et d’aider aux avancées de notre spécialité. Ce partage d’expérience (même s’il ne peut pas être total, car une partie de l’expérience est liée à l’aspect critique et perfectionniste de la personne expérimentée) peut se faire de différentes façons:

 

Par l’enseignement. Nous avons la chance de partager notre expérience par le compagnonnage quotidien au bloc opératoire et l’accompagnement des internes en Chirurgie Plastique. Ce partage d’expérience est une chance pour ceux qui reçoivent l’enseignement, mais également une chance pour celui qui délivre l’enseignement car les questions, lorsqu’elles sont pertinentes, peuvent pour la personne expérimentée être source de réponses, parfois originales, et qui peuvent être le début d’avancées significatives.

 

La rédaction d’articles scientifiques et de chapitres de livres. Nous avons contribué, dans notre carrière, à la rédaction de 250 articles ou chapitre de livres permettant de partager notre expérience quotidienne et les avancées techniques mises au point au fil de notre expérience, et nous continuons ce travail de partage.

 

Offrir à des confrères en difficulté une conduite à tenir précise. Une à deux fois par semaine nous répondons à la demande d’aide de confrères qui sont confrontés à une complication ou un résultat insuffisant. Les moyens modernes permettent aisément de partager une photographie et d’avoir ensuite une discussion et ainsi partager son expérience pour sortir du problème et le gérer au mieux. Cela permet au chirurgien qui a demandé de l’aide d’avoir un avis précis, et de pouvoir ensuite gérer le problème lui-même s’il le souhaite, et s’il s’en sent capable.

 

La prise en charge de cas secondaires: l’expérience acquise permet d’être bienveillant et de recevoir avec la plus grande bienveillance les cas secondaires de nos confrères. Avec l’expérience, il est alors aisé d’évaluer la situation, et d’expliquer que le problème est corrigeable, et comment on peut le corriger. La meilleure façon de réaliser cette prise en charge secondaire est que la patiente soit adressé par le 1er chirurgien ce qui évite tout problème déontologique ; et permet de prendre en charge dans le meilleur sens possible, dans l’intérêt de la patiente.

 

Colloques hospitaliers et organisation de séances de cas cliniques lors de séances professionnelles. Chaque mois, nous organisons un colloque hospitalier permettant de discuter des cas cliniques que nous commentons, et partageons ainsi notre expérience pour gérer au mieux la situation.

 

 

 

Conclusion

 

Les réseaux sociaux et l’auto-promotion sur internet ont tendance à niveler toutes les compétences: le chirurgien le plus jeune et le moins expérimenté peut avoir tendance à se mettre au même niveau que ses confrères très expérimentés. Cependant, l’expérience est bien essentielle en Chirurgie Plastique. L’expérience permet d’améliorer ses indications, d’améliorer la communication avec les patientes, d’affiner la réalisation chirurgicale de l’intervention, d’éviter des complications, et de gérer au mieux les complications et les résultats insuffisants.

 

L’expérience en Chirurgie Plastique est un trésor. Elle doit bénéficier aux patientes. Nous considérons comme un devoir de partager cette expérience par un enseignement de cette expérience, et par le partage d’expérience lorsqu’un avis, d’un confrère en difficulté, est sollicité.

 

Finalement, les patientes satisfaites sont la source idéale pour avoir de nouvelles patientes. Ce recrutement généré par les patientes satisfaites est, de loin, meilleur que la publicité, l’auto-promotion et la présence exagérée sur les réseaux sociaux. Nous conseillons aux patientes de s’adresser à des chirurgiens expérimentés, et de se méfier de la promotion sur les réseaux sociaux, et des avis « bidons » sur internet.