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Dr. Emmanuel DelayPublié le 2021-06-01

Réseaux sociaux et Chirurgie Esthétique : trouver le juste équilibre !

Les réseaux sociaux ont connu un développement important ces dernières années. Du fait de ce développement exponentiel, les réseaux sociaux ont été utilisés par des praticiens qui souhaitaient se mettre en avant sur la chirurgie esthétique. Cela a abouti à des excès que l’on connait actuellement, avec perte des repères fondamentaux, comme le respect des patients, et le respect du devoir de donner une information sincère, claire et loyale. Aussi, nous arrivons à un moment où il faut faire des propositions pour revenir aux fondamentaux de la Médecine, et réguler ces excès pour éviter un dévoiement de la Chirurgie Esthétique, qui est souvent une source de grand bonheur pour les patientes.

 

 

Les réseaux sociaux ont connu un développement très important ces dernières années. L’utilisation des réseaux s’est faite récemment de façon exponentielle. Et cela est particulièrement vrai pour les jeunes générations. Cela pourrait correspondre à un désir de trouver une « réalité meilleure que la leur ». Cela pourrait être expliqué aussi par la sécrétion de dopamine qui serait induite par l’utilisation de ces réseaux ; ce qui expliquerait aussi le risque d’addiction également constaté. La puissance de développement de ces réseaux a favorisé l’utilisation de ceux-ci, par des praticiens qui souhaitent se mettre en avant, et faire une promotion personnelle de leur activité. Ces réseaux sont utilisés principalement par des praticiens manquant d’activité (un praticien ayant une grosse activité n’a pas le temps pour intervenir sur les réseaux, car lorsqu’il opère, il ne peut pas, bien-sûr, intervenir sur les réseaux sociaux). Les réseaux sociaux n’ont pas de système de régulation éthique, et ne permettent pas de distinguer la compétence ou l’expérience d’un praticien. Si bien qu’on a assisté, ces dernières années, à une surenchère et une perte des repères fondamentaux, que sont le respect des patientes, le respect de l’intimité, le respect du secret professionnel, et le respect d’une information sincère, claire et loyale. Aussi, nous arrivons à un moment où il va falloir mettre de l’éthique dans ces réseaux sociaux, et faire des propositions pour revenir aux fondamentaux de la Médecine. Le but de cette actualité est de faire le point sur la situation actuelle sur les relations entre réseaux sociaux et chirurgie esthétique, et surtout de faire des propositions pour permettre une juste utilisation des réseaux sociaux en chirurgie esthétique ; afin de revenir aux fondamentaux de la Médecine, et indirectement réduire les dérives actuelles constatées sur les réseaux sociaux.

 
 
 

Situation actuelle

 

Les réseaux sociaux ont été développés pour mettre en relation les personnes entre elles et entre groupes de même intérêt. L’intérêt de chaque réseau social est de développer le nombre des membres l’utilisant. Le réseau social n’est pas une organisation philanthropique : il se rémunère sur les données qu’il capte des membres, et sur la publicité ; avec le « serment dit de la Silicon Valley »: « si vous ne payez pas le produit, c’est que vous êtes le produit ! ». Le réseau a intérêt à augmenter le buzz sur son réseau par tous les moyens. Il n’y a pour cela pas de règle éthique appliquée. Du fait de la puissance des réseaux sociaux, chaque personne souhaitant se mettre en avant, a intérêt à utiliser ces réseaux sociaux. Aussi naturellement, des praticiens ont cherché à se promouvoir sur ces réseaux sociaux ; et, en l’absence de règle d’éthique médicale sur ces réseaux, cela a abouti aux abus actuels. Ainsi, sont mêmes apparues ainsi des formations par les praticiens parlant de marketing, de social media marketing, de pricing strategy, de « susciter des émotions positives », ou de publicité. Ces termes sont issus des écoles de commerce et n’ont pas leur place en Médecine puisqu’un des principes de la Médecine est de ne pas pratiquer la médecine comme un commerce. Ces tendances sont importées de la culture anglo-saxonne ou des pays dans lesquels la publicité n’est pas interdite.

Ce que l’on peut constater actuellement, ce sont par exemple la mise en avant d’interventions non validées scientifiquement, la promotion personnelle de praticiens sans compétence particulière réelle, ou le caractère promotionnel d’une technique sans expliquer les avantages et inconvénients de la technique de façon loyale et équilibrée. Cela est loin du principe d’une information claire, sincère et loyale. On a pu également constater le non-respect du secret médical avec des résultats de patientes montrées sans masquer leur visage ou avec des signes distinctifs permettant de les reconnaitre. D’autres posts montrent un caractère carrément promotionnel, avec non-respect du principe que la Médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce. Lorsque le praticien se met en avant de façon publicitaire, il ne respecte pas ce principe déontologique. A été constatée également la course aux followers, en appliquant le principe du marketing digital, ce qui ne correspond pas non plus à une pratique médicale déontologique.

Concernant le réseau Linked In, il s’agit d’un réseau professionnel globalement équilibré car les praticiens n’ont pas d’intérêt promotionnel particulier à tirer. Il s’agit simplement de mises en relation avec des confrères ou des relations d’intérêt professionnel, mais habituellement sans caractère promotionnel personnel. Le fait que les posts soient visibles par les confrères en relation, évitent habituellement les abus grotesques et publicitaires, qui paraitraient ridicules aux yeux de la communauté professionnelle.

Les abus concernent principalement Instagram, Facebook et YouTube. Sur ces réseaux, on assiste à une surenchère pour se faire connaitre. Cette surenchère a conduit à ce que certains confrères ont oublié qu’ils étaient médecins et devaient respecter les principes d’éthique médicale, comme le respect du secret professionnel, la nécessité d’une information claire, sincère et loyale et équilibrée, et le devoir de ne pas pratiquer la médecine comme un commerce. On rappelle qu’en France, la publicité et le marketing sont interdits pour les médecins. La Médecine ne doit se pratiquer que dans l’intérêt des patients++. Lorsqu’on regarde l’activité des posts, il est intéressant de constater que les praticiens les plus actifs sur les réseaux sociaux sont souvent les praticiens les moins expérimentés, et ceux qui ont le moins d’expérience en chirurgie esthétique ; voire parfois ceux qui n’ont pas de diplôme de chirurgien plasticien ! Cela est logique, lorsqu’un praticien est expérimenté, et a acquis une grande expérience, il a acquis habituellement une bonne patientèle. De ce fait, il travaille beaucoup et n’a pas de temps à consacrer aux réseaux sociaux non professionnels. Car, pour être « présent » et « visible » sur un réseau social grand public, il faut être très réactif ,et un chirurgien qui opère beaucoup n’a, bien sûr, pas le temps matériel de consacrer une présence permanente sur les réseaux sociaux (avec des réponses rapides), à moins de déléguer cela à un professionnel du digital ; ce qui revient indirectement à un travail publicitaire.

 
 
 

Propositions

 

Les propositions que nous faisons sont simples. Il s’agit juste de revenir aux fondamentaux de la Médecine. Ces fondamentaux sont représentés par le respect du secret médical : toutes les photos doivent être anonymisées, et les cas ayant des éléments permettant de reconnaitre le patient ne doivent pas être présentés. Le consentement des patientes publiées doit être obtenu, sans que cela ne libère de la notion du secret médical (le secret médical ne peut être levé, même avec l’accord du patient). Il faut éviter absolument tout mélange entre vie privée du praticien et vie professionnelle du praticien (même si ce mélange peut augmenter le nombre de « like » et la visibilité sur le réseau). Les posts doivent être strictement professionnels. Il faut s’imposer le respect de l’éthique médicale, et le respect de la spécialité : c’est-à-dire ne présenter que des techniques validées, sûres, efficaces, sans risque, et faisant honneur à la spécialité de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique. Il faut ne présenter que des photos avec des incidences médicales face, trois quarts et profil, avec des standards photographiques médicaux ; en s’interdisant toute position sexy ou aguichante. Il faut, de la même façon, cacher les parties intimes et les éléments pouvant porter atteinte à l’intimité de la patiente. Toujours se poser la question suivante : est-ce que cette communication apporte réellement une information, ou est-elle seulement une promotion personnelle ? La présentation des posts doit être non incitative, et non promotionnelle. La communication sur les réseaux sociaux est considérée comme valable si elle apporte réellement une information à la communauté. Pour les vidéos : elles doivent être anonymisées, et leur réalisation ne doit pas allonger le temps opératoire, pour ne pas faire prendre de risque à la patiente filmée.

Le non-respect de ces principes devrait amener les patientes à se poser les questions sur les qualités morales du praticien; et devrait les amener ainsi à se détourner du praticien qui n’applique pas les règles éthiques d’un médecin sur les réseaux sociaux. L’application de ce principe fort par les patientes permettra probablement rapidement de redresser la barre, car les praticiens ne respectant pas les principes éthiques verront rapidement leur patientèle baisser ; et devraient ainsi être incités rapidement à redresser le tir et à revenir du bon côté de la ligne éthique. Avant de poster sur un réseau social, le praticien doit se poser ces différentes questions, en conscience, et finalement la question : est-ce que mon post respecte ces recommandations déontologiques et éthiques ?

 

 

 

Conclusion

 

Les réseaux sociaux sont juste un moyen. En l’absence de règles éthiques précises et de règles éthiques des réseaux sociaux, certains praticiens surfent sur la vague de l’hyperactivité médiatique notamment pour les adolescentes et les jeunes femmes, qui sont très demandeuses ou intéressées par la chirurgie esthétique. En mettant en ligne des photos et des vidéos ne respectant pas les principes médicaux, ils font le buzz pour assurer leur promotion personnelle. Il est temps de rappeler les principes de base : le respect du secret médical, le respect des patientes, et le respect des principes éthiques. Il est important de rappeler aux patientes que, finalement, pour choisir un bon praticien ce n’est pas la présence sur les réseaux sociaux qui est importante, mais sa compétence, son expérience, et son humanité. Seules ces qualités doivent guider les patientes dans le choix d’un praticien ++. Celles-ci doivent s’éloigner du choix du praticien qui ne respecte pas les principes éthiques. Il serait en effet très malsain de confier sa santé et sa beauté à un praticien renonçant à appliquer des principes équilibrés d’éthique professionnelle.
 

A terme, nous pouvons espérer que l’application stricte de ce sens critique par les patientes (au sujet des confrères n’appliquant pas les principes d’éthique professionnelle) entraine une perte d’effet de la promotion personnelle apportée par les réseaux sociaux. Cela aura très probablement un effet régulateur qui devrait inciter chacun à revenir aux principes fondamentaux d’éthique professionnelle. Et, alors nous pouvons espérer trouver le juste équilibre dans l’utilisation des réseaux sociaux en chirurgie esthétique.