CORRECTION DES SÉQUELLES
DE TRAITEMENT CONSERVATEUR
Interview SOFCEP — Dr Emmanuel Delay
Durée estimée de lecture : 5 minutes
Bonjour Dr Delay, merci pour cet entretien aujourd'hui. Dans le cadre d'Octobre Rose, nous allons parler d'un sujet méconnu qui a trait à la correction des séquelles du traitement conservateur du cancer du sein. Présentez-vous docteur.
Bonjour. Effectivement, c'est un sujet très intéressant que je connais bien puisque j'ai été pendant 30 ans chef de service de chirurgie plastique au Centre Léon Bérard, qui est un centre anticancéreux. Aujourd'hui, je me consacre à l'activité libérale, où je fais les réparations après le cancer du sein, mais également la chirurgie plastique du sein.
Qu'est-ce qu'un traitement conservateur du cancer du sein ?
Le traitement conservateur du cancer du sein consiste à garder le sein. Pour cela, il faut pouvoir réaliser une tumorectomie, suivie plus tard d'une radiothérapie. C'est l'association tumorectomie avec radiothérapie qui définit le traitement conservateur du cancer du sein, ce qui permet de garder le sein.
Quelles sont les conditions et les limites pour réaliser un traitement conservateur du sein ?
Les conditions sont habituellement une taille limitée. C'est pour cela que le traitement conservateur a augmenté au cours de ces années, puisque grâce au dépistage, les tumeurs sont de taille plus limitée. Il faut que l'exérèse soit en zone saine, c'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'il reste de tumeur après l'analyse histologique. Et habituellement, il faut que la lésion soit unifocale, c'est-à-dire un seul foyer. Les limites, c'est lorsque la taille tumorale est trop importante, lorsqu'il y a des lésions multifocales ou lorsqu'il y a du carcinome in situ périphérique, c'est-à-dire qu'il y a des graines de cancer tout autour. Si on laisse des graines de cancer, on risque d'avoir des récidives.
Quand consulter pour envisager la correction des séquelles ?
On consulte quand on est gêné. Mais habituellement, il faut attendre au moins six mois après la fin de la radiothérapie. On attend que les effets de la radiothérapie diminuent avant de consulter. Ensuite, l'intervention dépend du type de correction. Si c'est une asymétrie, on peut intervenir rapidement. Si, par contre, on doit faire un lipomodelage, on attend plutôt deux ans.
Quelles sont les différentes séquelles et leur traitement ?
La première séquelle, c'est l'asymétrie mammaire. On réduit alors le sein controlatéral si le sein conservé a une jolie forme. La deuxième séquelle, c'est l'amputation de la plaque aréolo-mamelonnaire. Si la tumeur était derrière l'aréole, on a pu garder le sein en enlevant tout \u2026\u2026 qui est derrière l'aréole, et on se retrouve avec un sein sans aréole. Il est ensuite possible de reconstruire l'aréole, souvent avec une greffe du mamelon controlatéral et un tatouage pour l'aréole. Quant aux déformations du sein, elles sont aujourd'hui corrigées par le lipomodelage, qui consiste à prélever de la graisse au ventre ou sur les cuisses, à la centrifuger et à la réinjecter. Selon l'importance de la déformation, il faudra une, deux voire trois séances.
Et les déformations importantes ?
Les grandes déformations sont heureusement devenues rares. Dans les cas extrêmes, le sein peut ……… et on se retrouve dans une situation proche d'une mastectomie, nécessitant une reconstruction. Mais aujourd'hui, les déformations sont le plus souvent modérées.
Quelles sont les conséquences pour les patientes ?
Le sein est déformé, ce qui rappelle tous les jours la maladie. Il peut y avoir des douleurs ou des dysesthésies. Le lipomodelage permet souvent de faire disparaître ces symptômes. Il y a aussi un impact sur la vie personnelle et le couple, notamment en termes de confiance en soi et d'image corporelle.
Qui doit bénéficier de cette information ?
Toutes les patientes devraient pouvoir bénéficier d'une consultation. Cela permet d'évaluer la situation et de proposer une solution adaptée. Certaines patientes n'osent pas en parler, alors qu'elles sont réellement gênées.
Qui doit réaliser ces corrections ?
Un chirurgien plasticien, si possible expérimenté en chirurgie réparatrice du sein. Le sein irradié est plus fragile, ce qui nécessite une prise en charge spécifique.
Quelle prise en charge et quel coût pour la patiente ?
Il s'agit de chirurgie réparatrice, généralement prise en charge par la sécurité sociale. À l'hôpital, tout est pris en charge. En libéral, cela dépend des dépassements d'honoraires et de la mutuelle.
Un coût moyen ?
Cela dépend des cas, mais un lipomodelage peut coûter entre 1 500 et 2 000 euros, avec un remboursement variable selon la mutuelle.
Conclusion ?
Beaucoup de patientes attendent des années …….. sans savoir que des solutions existent. Elles ne savent pas que cela peut être corrigé. Il est essentiel que toute patiente ayant eu un traitement conservateur puisse consulter un chirurgien plasticien pour évaluer la situation. Si ce message passe, cela améliorera considérablement leur qualité de vie.
Merci docteur.
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